Arte - Tomes 1 à 5

Manga
Postée le 14/02/2017 à 12:30 par Galiphene
Article lié à la fiche suivante : Arte
Chronique_x9iMSywItkUCh6h
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Public visé : Seinen
Nombre de tomes : 7
Editeur original : Tokuma Shoten
Editeur français : Komikku
Publication : En cours
Année de publication : 2014

Synopsis :

Italie, Florence, début du 16e siècle.
L’époque était au foisonnement culturel. Au milieu de toute cette effervescence on retrouve Arte, une jeune femme pas comme les autres.
Arte, quel prénom évocateur pour une jeune fille portée par sa passion dévorante pour le dessin et vivant en pleine Renaissance italienne !
Mais alors qu'elle essaye d’intégrer un atelier de peinture, sa condition de femme lui revient alors à la figure telle une paria...
Une femme peintre ? Une fille apprentie ? Est-ce vraiment possible en pleine Italie du 16e siècle ?

"Tout ça… parce que je suis une femme ?!"

-Komikku-

Aujourd’hui, à l’occasion de la Saint Valentin, nous avons choisi de nous pencher sur l'histoire d'une jeune fille en fleur pas comme les autres : Arte, publié aux éditions Komikku. À la différence de nombreuses œuvres romantiques, ce n’est pas au lycée ou un autre lieu d'étude (petite pensée pour Honey & Clover), mais à Florence et au début du XVIe siècle que prend place l’histoire. ŌKUBO Kei nous téléporte dans l’univers des peintres de cette époque aux techniques, mœurs et possibilités bien différentes d’aujourd’hui.

Plantons le décor : nombre de métiers étaient alors réservés aux hommes et les femmes n’étaient presque que bonnes à marier et à porter les enfants. Aaah, cette belle époque… qui ne convient en rien à la jeune Arte, laquelle  n’a qu’un seul souhait : devenir peintre. Imaginez le tableau : une jeune fille issue de la petite noblesse, dont les parents peinent à rassembler sa dot… et qui veut devenir indépendante ! Évidemment, sa famille ne l’accepte pas et, n’écoutant que son cœur, elle choisit de fuir le domicile familial et réussit à convaincre Leo, un loup solitaire, de l’accepter dans son atelier. De là, ce duo aux personnalités en décalage devra franchir différents obstacles venant se mettre en travers de la route du rêve d’Art.

Parce que, Florence, ce n'est pas juste le Dôme et des palais...
batisses

Dès les premières pages, le ton est donné : nous ne serons pas simplement plongés dans Florence et dans le XVIe siècle, nous y serons carrément immergés. En effet, ŌKUBO Kei a tenu à nous faire partager chaque petit détail historique en rapport avec le quotidien de l’héroïne : cela va de la fabrication du pain jusqu’à la cuillère à spaghetti, en passant par les vêtements. Bien sûr, le monde de la peinture est aussi largement représenté par son fonctionnement, ses outils et son utilité. En plus de nous replacer dans ce contexte temporel au travers de ces détails, la mangaka nous fait également découvrir la ville de Florence avec brio, les décors somptueux nous permettant de nous imprégner de l’espace dans lequel nous nous trouvons. Ainsi, comme pour les vêtements, les matériaux utilisés pour les belles demeures, pour les monuments ou pour les maisons plus modestes sont d’emblée identifiables comme étant plus ou moins luxueux. La précision est telle que, si Florence avait été inchangée, on pourrait penser marcher dans les mêmes rues que les protagonistes en s’y rendant. Aussi, la découverte des différents lieux et personnages au travers du regard nouveau d’Arte nous donne également de plus amples explications quant au pourquoi du comment des actions de chacun et, quand on ne connaît pas grand-chose à propos du XVIe siècle et de Florence, c’est très appréciable.

L'intensité de ses expressions et de sa volonté en une image...
Regard Arte

D’ailleurs, c’est bien son regard qui rend cette découverte si particulière : à la fois forte et jeune, elle souffle comme un vent frais sur cet univers empli de testostérone. Cela se ressent jusqu’au niveau du dessin, les impressions d’Arte contrastant fortement avec celles qui nous ont été données sur les planches. Mais, attention, sa naïveté nous rappelle qu’Arte reste une jeune fille qui a encore beaucoup à apprendre de la vie. Si ces deux pans d’une seule personnalité sont souvent traités de façon maladroite dans les mangas, dans Arte, ils deviennent rapidement complémentaires, sa naïveté se muant en curiosité et sa force en détermination. Plus encore, Arte est représentée comme un symbole du féminisme, autant lorsqu’elle remonte ses jupons pour laisser apparaître sa culotte (on se calme, les vêtements sont aussi des reproductions de ceux du XVIe siècle), que lorsqu’elle part négocier seule avec un prestigieux client. Ce féminisme est traité de façon intelligente, sans aucune amertume, ni fierté mal placée. Même sa relation avec Léo, son maître, se tisse naturellement et pour des raisons plus profondes que le simple fait d'introduire une femme dans le milieu. Le message transmis aux jeunes filles n’en est ainsi que plus clair : restez vous-même, donnez-vous les moyens de réussir, peu importe les obstacles et vous pourrez être fières de vous. Alors, oui, la réflexion reste très romantique, mais elle a le mérite d’être en accord avec l’innocence d’Arte. Néanmoins, cette personnalité haute en couleur a presque été jetée aux ordures (littéralement) lorsque l’un des plus gros clichés des shōjo romantiques est abordé à la fin du premier tome : « J’ai mal au cœur… Je suis malade ? » ; « Comment ça je suis amoureuse ? » ; « C’est quoi l’amour ? ». On ne s'attend pas à retrouver ce genre de questions dans un seinen. Fort heureusement, l’Arte originelle renoue avec elle-même et l’histoire reprend son cours… Ouf ! Car l’une des facettes les plus intéressantes du personnage est justement qu’elle est une jeune fille forte, prête à tout abandonner pour accomplir ses objectifs, et il aurait été dommage que tout eut été balayé par un accès de romance.

Aussi, si le processus de l’évolution de la jeune peintre reste assez classique, il est néanmoins dépeint avec beaucoup de réalisme. En effet, chacune de ses problématiques découle logiquement de ses objectifs de départ : trouver un atelier, se faire accepter par une personne, puis un groupe, puis la hiérarchie… En plus d’atteindre ses buts, elle devra aussi convaincre d’autres personnages de sa valeur, pour son futur. Après tout, comment espérer vivre en tant que peintre si elle n’est ni reconnue de ses pairs, ni des citoyens ?

T'as cru que c'était ta petite-sœur bonhomme ?
stopla

En lisant cette chronique, on a évidemment l’impression que seule Arte est la maîtresse de l’histoire. Ce n’est pas si surprenant dans la mesure où il s’agit d’un manga éponyme, même si le titre est un jeu de mot entre le nom de la protagoniste et la traduction italienne du mot « art ». Pourtant, de nombreux personnages secondaires font leur apparition, à commencer par Leo, le maître de son atelier et le premier à reconnaître la valeur d’Arte. Arriveront ensuite plusieurs personnages, dont les histoires et problèmes sont également intimement liés au siècle évoqué. Arte éveillera la curiosité et l’admiration des uns et s’attirera la jalousie des autres. D’ailleurs, pour le moment, on ne peut pas dire qu’un antagoniste ait été défini, pas même un rival. Non, les personnages secondaires sont vraiment là pour aider Arte à grandir et, à son tour, elle leur permettra de se découvrir de nouvelles facettes. Ils confirment tous que, plus que la réalisation d’une mission, Arte nous raconte avant tout la quête initiatique d’une jeune fille en passe de devenir femme. À noter que chacun de ces événements nous permet d’en apprendre un peu plus sur le fonctionnement de l’économie et la société florentines.

Tous les éléments s’imbriquent… Même ses sentiments amoureux (on y vient !) parviennent à trouver leur place dans tous les événements chamboulant ses plans initiaux. En effet, après une fin de premier tome quelque-peu décevante, ses sentiments sont ensuite évoqués de manière cohérente, plus modérée et moins aléatoire. La trame principale ne s’en retrouve ainsi pas entachée, pas plus que la forte personnalité de notre héroïne. Au final, tout au long de ces cinq premiers tomes, si le romantisme n’est pas au centre de l’histoire, il agit plutôt en tant qu’une sorte de guide dans sa quête d’apprentissage et d’indépendance. Nous qui voulions vous faire découvrir une belle histoire romantique en cette Saint Valentin, nous voilà à vous présenter l'histoire d'une jolie jeune fille qui découvre la vie et l'amour !
 
On n'en pense pas moins de ton histoire et des décors qui t'entourent !
apparat

En bref, chacun peut trouver son compte dans cette histoire, que l’on soit intrigué par l’art, les planches très détaillées ou encore par les héroïnes qui représentent le féminisme sans dénigrer les qualités de chacun. Bien sûr, il faut garder à l’esprit qu’une certaine candeur se dégage d’Arte, ce qui permet d’apporter de la fraîcheur à l’univers et à l’histoire. Enfin, les sujets abordés sont mis en avant avec beaucoup de précisions, on sent que ŌKUBO Kei a bien fait ses devoirs. Mention spéciale aux storias parallelas en fin de chapitre qui nous permettent de suivre quelques éléments cités dans l’histoire, qui ne gagneraient pas à y être développés, mais dont on aime bien connaître les tenants et aboutissants. Arte est un seinen unique bien équilibré, mêlant romantisme et féminisme.

(Images ©Komikku, Tome 2 de l'édition presse d'Arte)
Plus
+ Dessins magnifiques
+ Epoque respectée
+ Crédibilité des personnages
+ Equilibre entre le thème et le romantisme
Moins
- Fin du tome 1 gnan-gnan
- Questions à propos de l'amour trop naïves pour un seinen
Note de Galiphene
9/10
Note des membres
?/10
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